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Jean Benoit-Lévy
 

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«J'ai interviewé Jean Benoit-Lévy » par Monette Faraggi, Février 1935

Comme je vous l'avais promis, je suis allée demander une interview à M. Jean Benoit-Lévy, le metteur en scène du beau film La Maternelle. Il a d'ailleurs, depuis, fait un autre film dont toute la presse a parlé. Il se passe au Maroc et s'intitule Itto. Je vous ai promis d'aller voir tout ce qui me semblerait beau et ce film est, paraît-il, plus que magnifique. J'irai donc le voir pour vous en parler en temps opportun. Mais revenons à notre interview.

J'étais très impressionnée en montant au Studio de la rue Troyon et mon cœur battait très fort quand je sonnais à la porte. Je me demandais si j'arriverais au but de ma visite et j'avais bien peur de ne pas être prise au sérieux. Aussi j'étais un peu pâle quand on m'introduisit.

Un charmant Monsieur, au regard très doux et très franc, un sourire quelque peu ironique aux lèvres, m'accueillit: c'était Jean Benoît Lévy, lui-même, en personne... Je lui passais ma carte de Reporter d'EN HERBE et lui expliquais l'organisation de notre Journal fait par et pour des enfants de 13 à 15 ans. Je vis alors son petit sourire ironique s'accentuer mais son regard intelligent, sa figure vive et mobile qui reflètent sa grande bonté, eurent vite calmé mon émoi et ce fut d'un cœur plus tranquille que je lui exposais le but de ma visite.

« J'ai promis à mes lecteurs de venir vous interviewer» lui dis-je (et j'ajoutais bien vite de peur qu'il ne se dérobât) « et je leur ai assuré que j'y réussirais».

« J'attends vos questions, Mademoiselle, » me dit-il, d'un air fort aimable et je tâcherais (oh! se moquait-il de moi?) d'y répondre.

 

M.F - Eh bien, Monsieur, qu'est-ce qui vous a donné l'idée de vous occuper de cinéma et de devenir metteur en scène?

J.B-L - C'est parque, quand j'étais jeune, deux personnes, mon oncle et M. Louis Forest m'ont inoculé le « virus » et quand on l'a, c'est pour longtemps.

 

M.F - Qu'est-ce qui vous a suggéré l'idée de faire de La Maternelle un film ?

J.B-L - Ma femme.

 

M.F - Avez-vous eu du plaisir à tourner ce film malgré tout ce bataillon d'enfants ?

J.B-L - Beaucoup de plaisir parce que pour faire un tel film, il fallait d'abord les aimer.

 

M.F - Est-ce dur pour une petite fille de tourner un rôle comme celui de Paulette Elambert ?

J.B-L - Certainement: quelles qu'aient été les précautions que j'ai prises, Paulette vivait tellement son rôle qu'après certaines scènes, on était obligé de la coucher.

 

M.F - Vous avez fait plusieurs films d'enseignement très intéressants. Pensez-vous que le film puisse faire voir ce qu'explique le Professeur ?

J.B-L - Je ne pense pas que les films d'Enseignement primaire ou secondaire soient faits pour faire voir ce qu'explique le Professeur, celui-ci suffisant à emporter la compréhension de ses élèves. Par contre, le cinéma peut apporter dans la classe toute la vie du dehors et des exemples de la vie des grands hommes ou de beaux artisans.

 

M.F - Conseillez-vous aux enfants qui ne réussissent pas en classe, ou à ceux que les études rebutent, de s'engager dans la carrière du cinéma ?

J.B-L - C'est bien embarrassant. Le cinéma est un art et un métier. La médiocrité ne peut y trouver sa place. Il faut, comme pour tout ce que l'on entreprend dans la vie, avoir d'abord une bonne culture intellectuelle.

 

Je remerciais M. Jean Benoit-Lévy de son accueil si affable. Il me présenta alors à sa fidèle collaboratrice, Mlle Marie Epstein qui a tourné avec lui La Maternelle et Itto mais je me réserve pour vous en parler une prochaine fois car, maintenant, j'oserai retourner au studio de M. Jean Benoit-Lévy, tant il a su m'inspirer confiance. Croyez m'en, mes chers lecteurs, si je m'en fie à mon jeune flair, ou je me trompe beaucoup, ou nous avons trouvé en M. Jean Benoit-Lévy un véritable ami de la jeunesse, avec ses qualités et ses défauts, et qui l'aime sincèrement.

 

Monette Faraggi



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