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La Déclaration des Devoirs de l’Homme et du Citoyen par Jean Benoit-Lévy

La Déclaration des Devoirs de l’Homme et du Citoyen par Jean Benoit-Lévy

in La République Française, Revue Mensuelle de l'idéologie républicaine et démocratique, Janvier 1944, ol.I No. 2

 

«La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789 dispose dans un préambule que cette déclaration a été faite pour « que ses principes soient constamment présents à tous les membres du corps social et leur rappellent sans cesse leurs droits et leurs devoirs. » La Déclaration votée par la Convention Nationale le 23 juin 1793 et qui figure en tête de la Constitution ne retient pas cette disposition dans son introduction, mais définit à l’article 6 la liberté et en fixe la limite dans son usage par le rappel de la maxime : « ne fais pas à un autre ce que tu ne veux pas qu’il te soit fait. »

 

Il est certain que les auteurs de cette déclaration sacrée, qui constitue la base même de nos institutions démocratiques, ont eu l’intention formelle de faire appel aux devoirs du citoyen envers la constitution. Peut-être ont-ils trouvé ces devoirs trop évidents pour les mentionner, mais l’esprit même de la Déclaration implique de la part du citoyen une réciprocité de service envers l’Etat.

 

Il appartenait donc à ceux qui eurent par la suite la charge de défendre les institutions républicaines si chèrement acquises par le peuple français d’éduquer les jeunes en vue de les rendre capables d’user de la liberté, de servir la communauté, en un mot de former des citoyens. L’article 22 de la Déclaration proclame que : « L’instruction est le besoin de tous. La Société doit favoriser de tout son pouvoir les progrès de la raison publique et mettre l’instruction publique à la portée de tous les citoyens. »

 

En ce qui concerne l’instruction, on peut dire que les législateurs des différents parlements et principalement ceux de la troisième république ont accompli une grande tâche. Paul Bert, Jules Ferry, Waldeck Rousseau, Jaurès, Edouard Herriot, ont marqué de leur empreinte les étapes de la lutte pour l’égalité devant l’enseignement. Par contre, on peut affirmer que l’éducation, qui seule permet d’assimiler l’instruction (l’instruction civique, en particulier) a été complètement perdue de vue. Comment a-t-on pu s’imaginer qu’un jeune homme ou une jeune fille s’éveillant au matin de ses vingt-et-un ans puisse se trouver miraculeusement doué de toutes les qualités nécessaires pour user du droit sacré d’exercer son devoir civique !

 

L’avait-on préparé à l’exercice de son pouvoir, lui avait-on donné les notions les plus élémentaires de ses responsabilités ? L’éducation civique était réduite à un ou deux chapitres d’un manuel scolaire et à l’affichage en caractères minuscules de la Déclaration des Droits de l’Homme. En fait, les jeunes Français ne connaissaient pas le plus beau document humain qui ait jamais été proclamé, ils connaissaient à peine la constitution et le jeu des institutions républicaines. Il importe désormais que l’on se rende compte de la nécessité de préparer l’enfant dès le plus jeune âge à devenir un membre agissant de la communauté démocratique et éventuellement un de ses dirigeants.

 

L’instruction livresque n’y suffit pas. Le sens de la responsabilité – l’esprit critique constructeur et non objecteur ; le désir et le goût de se rendre utile ; la conscience des limites de l’usage de la liberté : voilà un programme qui ne pourra être réalisé que si l’on considère le jeune enfant comme un être pensant, digne d’être traité sérieusement.

La Démocratie ne peut s'enseigner en faisant apprendre «par coeur» des pages de manuels scolaires, mais, au contraire, par des expériences qui doivent être efficaces et productives.Les enfants, dès l'âge de 6 ou 7 ans, doivent apprendre qu'ils ont apporter leur contribution à la vie de leur école, de leur cité, de leur pays et même à la construction du monde futur.

L'éducation doit se pratiquer en chargeant les enfants d'une responsabilité, d'une action donnée et en leur faisant prendre l'habitude de travailler ensemble. L'idée du groupe, de la communcauté, le goût de servir développés par des éducateurs et des travailleurs sociaux seront de nature à former le futur citoyen.

Il ne s'agit pas de préparation à la vie mais d'expérience acquise avec et dans la vie.

 

Les dictateurs ont déformé cet idéal à des fins monstrueuses. Les démocraties suront-elles enflammer les jeunes pour des idéaux magnifiques, développer chez eux les sentiments de générosité et de solidarité sociale en les plaçant suivant leur âge dans des situations qui se rapprocheront de plus en plus de celle du citoyen majeur muni de son bulletin de vote?

A ce moment, habitués qu'ils auront été à pratiquer l'action réfléchie, ils considèreront toute la grandeur et la responsabilité de leur geste souverain.

 

Nous avons à ce sujet beaucoup à apprendre dans ce grand pays qui nous abrite. Dans toutes les écoles publiques des Etats-Unis, l'enseignement lui-même est pratiqué sur une base de collaboration entre les maîtres et les élèves - il existe entre eux un lien fait de confiance et d'amitié qui permet la libre discussion et, partant, le développement de l'esprit critique

 

L'initiative privée a permis de développer l'institution dans l'école même de groupes qui se gouvernent eux-mêmes et de clubs de la jeunesse. Faute de place, je ne peux donner tous les détails désirables sur toutes ces activités qui demanderaient une étude spéciale, mais je voudrais signaler une association dont les buts et les réalisations m'ont particulièremebt enthousiasmé. Il s'agit de « Yputhbuilders Inc.» dont le but est de fonder et de diriger des clubs scolaires qui placent les jeunes dans les conditions de la vie même et leurs permettent de s'essayer à leur métier de citoyens.

On lira à ce sujet avec intérêt et profit un livre écrit par Sarah Holbrook*, une femme admirable de foi et d'amour pour les jeunes, qui anime ce groupement.

 

«Constructeurs de la jeunesse,» ce titre trace en quatre mots le chemin du devoir des adultes envers les générations qui feront le monde nouveau. Devoir impérieux et magnifique qui ne peut s'accomplir que dans l'amour, la tendresse humaine, le sentiment du devoir envers la communauté.

 

L'amour ainsi étendu à toute cette jeunesse, qui attend tout de nous et que nous avons tellement déçues, fera reculer la haine.

 

Les Futurs Citoyens ne seront plus la proie des orateurs «adroit» et sans foi, exploiteurs des sentiments généreux du peuple. Les citoyens habitués à pratiquer les devoirs qui incombent aux membres d'une communauté démocratique produiront des chefs et sauront exiger de ceux-ci un effort productif et la sauvegarde des institutions.

 

Seules, la valuer morale et spirituelle de l'individu et la conscience qu'il prend de ses devoirs peuvent lui conférer une autorité et une efficacité dans la défense de ses droits et donner à ceux-ci une valeur.

 

Il ne peut y avoir de démocratie durable sans un juste équilibre des droits et des devoirs.

 

La liberté est un bien naturel dont on jouit comme de l'air pur que l'on repire. On n'apprécie jamais tant la santé que lorsqu'on est malade. De même, quand on vit dans le bonheur on arrive à en méconnaître les causes et lorsqu'on les méconnaît, on n'est pas loin de le perdre.

Il faut apprendre à mériter ce bonheur, à savoir que rien n'est permanent et qu'il faut lutter, collaborer, donner tout ce que l'on a de meilleuren soi pour le conserver. Démocratie, Liberté sont des idées platoniques si elles ne sont pas servies et animées par un peuple conscient de ses devoirs.

 

Nous souhaitons que la nouvelle Constituante de la IVème République tienne compte des leçons de la tragédie nationale en ajoutant à l'évangile de la Démocratie, proclamé en 1793, une «Déclaration des Devoirs de l'homme et du citoyen» qui développera l'idée de base contenue dans l'article 22 ainsi formulée. «...La Société doit favoriser de tout son pouvoir les progrès de la raison publique...»

 

L'éducation en vue des progrès de la raison publique doit commencer dès que l'être commence à apercevoir les premières lumières de la raison et nous voudrions voir reconnus les droits de l'enfant et de l'adolescent à être guidés pour conduire progressivement ses expériences avec la Vie vers sa maturité d'Homme et de Citoyen.»

 

*Children Object, by Sarah Holbrook (The Viking Press)

 

 

 

 

L'Invention du cinéma par Jean Benoit-Lévy

in Les grandes missions du cinéma, Introduction, éd. Lucien Parizeau et cie, 1945

 

Le cinématographe est certainement le moyen le plus puissant de diffusion de la pensée humaine qui ait été inventée depuis la découverte du caractère d'imprimerie au XVe siècle.

 

Il me semble donc opportun, en manière d'introduction, de tracer un tableau schématique des différentes phases des recherches et découvertes qui ont abouti à la forme actuelle de l'appareil de prise de vues et du projecteur cinématographique.

 

Depuis la préhistoire, les hommes ont cherché à reproduire le mouvement et la vie qui les entourent. L'idée existait donc en puissance et poussait les esprits les plus curieux à la recherche. Successivement, et souvent dans le même temps, les chercheurs des pays les plus éloignés triomphèrent petit à petit des difficultés à surmonter. La qualité du chercheur est naturellement constituée en premier lieu par sa valeur scientifique, mais aussi, et peut-être surtout, par son attitude à saisir les conséquences d'un phénomène qui se produit d'une façon fortuite.

 

C'est parce que le génie de l'inventeur est fait d'imagination et d'intuition qu'il se rapproche du poète et de l'artiste. Il me plaît de tenter ce rapprochement au moment d'évoquer l'histoire d'une invention qui devait donner à l'artiste un nouveau moyen d'expression, dont la portée dépasse peut-être celle de tous les autres.

 

 

 

 

Les lois fondamentales par Jean Benoit-Lévy

in Les grandes missions du cinéma, Chapitre 1, éd. Lucien Parizeau et cie, 1945

 

Les pionniers qui entreprirent de donner l'essor à ce nouveau et puissant véhicule de la pensée humaine ne s'aperçurent pas tout de suite de ses avantages et de ses inconvénients.

 

Il fallut attendre qu'il eût atteint l'âge de l'adolescence pour découvrir qu'il était véritablement un moyen d'expression, qu'il reflétait l'humanité elle-même, jamais ni tout à fait bonne ni tout à fait mauvaise. Du fait que l'image animée possède un pouvoir de fixation immédiat et durable sur l'esprit humain, le cinéma devenait une arme à double tranchant qui pouvait faire beaucoup de mal ou beaucoup de bien, suivant qu'elle était mal ou bien employée.

 

Au début, le cinéma n'était pas un art. Il s'agissait tout simplement d'enregistrer sur la pellicule sensible des scènes de la vie ou des petites saynètes telles que, par exemple, le tout premier film des frères Lumière : L'arrivée du train à La Ciotat, L'entrée des ouvriers à l'usine Lumière, ou les premiers films de Pathé : L'arrivée du train à Vincennes, ou encore le premier film comique de Gaumont : La tête de veau.

 

Il n'y avait dans ces films aucune création personnelle, mais seulement œuvre de photographe. Aucune recherche de composition et rien qui ressemblât à l'expression d'une idée ou d'un sentiment.

 

C'est Méliès, précurseur de tous les auteurs de films, qui apporta vraiment une conception personnelle, une recherche de la mise en scène, à laquelle, en passant, on doit rendre hommage. Méliès, en effet, a été le créateur des bases de la technique cinématographique, sur lesquelles cette dernière repose encore aujourd'hui en partie. Mais les films de Méliès avaient créé du même coup un genre nouveau, qui acheminait le cinéma vers son état d'art adulte, le genre de la féerie et du rêve qui n'a pas été sans influencer plus tard la poésie cinématographique.

 

 



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